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Ingrid Thobois, plume de l’air
Elle a reçu en 2007 le Prix du Premier Roman pour Le Roi d’Afghanistan ne nous a pas mariés. Son deuxième, L’Ange anatomique, fait partie des ouvrages en vue de cette rentrée littéraire. À 28 ans, sa carrière de romancière démarre sur les chapeaux de roues, et pourtant Ingrid Thobois ne se met pas de pression et se dit avant tout au service de l’écriture.
Elle a un baluchon bien garni d’images dans la tête. À 28 ans, Ingrid Thobois a déjà vécu à Kaboul, à Banda Aceh (Indonésie), à Bombay, à Kinshasa, vu la Chine, les Balkans, la Bolivie et la Guinée-Bissau. Un goût de voyage que ses parents lui mettent en bouche, mais qu’elle s’approprie le jour où elle découvre l’univers de l’écrivain voyageur Nicolas Bouvier. Elle a 19 ans, dévore ses livres et se retrouve complètement dans la personnalité de ce baroudeur amoureux des mots et des visages, fasciné par l’effet du voyage sur l’homme.
Deux ans plus tard, Ingrid Thobois met ses études en stand-by et se lance sur les traces de son mythe : « Je voulais faire la route de L’Usage du monde, un voyage de deux ans à travers les Balkans, l’Iran, le Pakistan, jusqu’en Inde. » Sauf qu’Ingrid commence son road trip le 7 septembre 2001… « Autant dire que mon fier itinéraire a été chamboulé ! Mais, a posteriori, c’était mieux pour moi de prendre mes distances, ne serait-ce que géographiques, avec Bouvier. J’ai retrouvé des notes de cette époque, qui relevaient du plagiat inconscient. » Elle ne voit pas l’Afghanistan pendant son périple. Ce n’est que partie remise.
De retour à Paris, alors qu’elle s’essaye à la vie professionnelle, elle tombe sur une annonce qui va tout bouleverser : « Cherche personne pour enseigner le français à Kaboul. » Elle est engagée. Au départ pour trois mois, puis pour dix-huit. C’est le coup de foudre. Elle oublie les tensions, le voile, la liberté grignotée et s’abreuve de cette atmosphère, « dans laquelle on pourrait vivre trois ou quatre vies ». Cette expérience donnera naissance au Roi d’Afghanistan ne nous a pas mariés, dans lequel une Française s’éprend d’un expatrié marié et d’un Afghanistan envoûtant. Le livre sort en 2007. Prix du Premier Roman. Peu importe : « Ce livre, je ne l’ai pas écrit pour avoir mon nom sur la couverture, mais pour créer un objet qui pourrait être à l’extérieur de moi. Il m’a permis de faire mon deuil d’un pays dont j’ai eu un mal fou à me défaire. »