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Ma mère fashion me met la honte

Afin d’assurer la bonne santé mentale de nos enfants, les psys nous prient de remiser nos “it bags” et autres péchés de fashionistas fissa. Pour doper leur ego d’ado, c’est un parent has been qu’il leur faut…

Paru le 04.10.2008, par Valérie de Saint-Pierre

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Les mères d’ados ont-elles encore le droit d’être «fashion»? La question peut surprendre toute une génération de quadras jamais en retard d’une tendance, et déjà prêtes à arpenter les rues en jean bien large et chemise à carreaux, quand leurs teen-agers, étrangement, sont encore en slim gris et ballerines. Pourtant, la réponse est claire, si l’on écoute attentivement la plupart des adolescents aujourd’hui : n’en faisons pas trop, par pitié, car ils détestent ! Non qu’ils nous trouvent ridicules. Au contraire, ils sont un peu jaloux…

« Ma mère est incroyable, confie ainsi une jeune fille de 14 ans, je pourrais lui emprunter tous ses vêtements. Mais c’est un peu honteux de dire à ses copines qu’on porte les fringues de sa maman. Où est mon goût à moi, là-dedans ? » Une autre avoue : « Je ne sais pas comment elle fait. Quand elle est arrivée l’an dernier avec son chèche autour du cou, j’ai trouvé ça bizarre. Quand j’en ai porté un, six mois plus tard, elle a dû bien rigoler. Elle n’a rien dit, mais ça me tue qu’elle ait toujours raison ! » Il faut savoir attraper au vol ces petites phrases, révélatrices de la difficulté, parfois, d’assumer une mère trop dans le coup.

Cette maman branchée, qui empêcherait sa progéniture de découvrir les choses par elle-même, est en effet désormais dans la ligne de mire des spécialistes de l’adolescence. Son péché ? Fuir ses responsabilités d’adulte en ne se montrant pas assez… ringarde ! La psychiatre et psychanalyste Pascale Navarri, auteur de Trendy, sexy et inconscient (éd. PUF), le dit clairement : « Pour que les adolescents puissent accomplir leur indispensable processus d’autonomisation et d’affranchissement du groupe familial, il est nécessaire que les parents acceptent de rester ceux qui incarnent momentanément ce qui est dépassé, has been, out. »

Aussi, quand madame mère, pouvoir d’achat oblige, s’habille dans les boutiques où sa fille rêve d’aller, ce n’est pas du jeu. Et quand madame encore arbore « le » sac lamé American Apparel avant même que sa fifille en ait entendu parler au collège, c’est plus qu’énervant ! Il est beaucoup plus facile pour une jeune fille de faire son trou narcissique quand elle a un anti-modèle à la maison, plutôt que cette mère bobo qui lui fait inconsciemment de l’ombre, s’accordent à dire nos psys. De même, un ado garçon finit par ne plus trouver si cool ce père en Veja qui écoute avant lui les Kooks, les Arctic Monkeys ou les Wombats! Que faire enfin de ce papa brit-pop impossible à railler ? Rendez-lui un «vieux» digne de ce nom, un père qui écoute de l’opéra (du jazz, allez !) en chaussons le dimanche… Car ce papa-là sera tellement plus facile à gérer pour son ego en construction !

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